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Ezza Agha Malak et la ville de Beyrouth :

topographie d’une métropole orientale paradoxale

 

 

Ezza Agha Malak et la ville de Beyrouth : topographie d’une métropole orientale paradoxale

Revue

Neohelicon

Éditeur

Akadémiai Kiadó, co-published with Springer Science+Business Media B.V., Formerly Kluwer Academic Publishers B.V.

ISSN

0324-4652 (Print)
1588-2810 (Online)

Numéro

Volume 38, Number 1

Pages

189-198

Mise en ligne

jeudi 23 décembre 2010

 

 

Beyrouth : topographie d’une métropole orientale paradoxale dans l’œuvre de Ezza Agha Malak


Efstratia Oktapoda
Université de Paris IV-Sorbonne

 

 

SOMMAIRE

 

1. La géographie des lieux : pour une étude imagologique

2. Le monde des domestiques : des campagnes miséreuses à la ville

3. Ezza Agha Malak et les métamorphoses de la modernité

4. Les sous-classes thématiques

5. Beyrouth, ville désacralisée et désacralisante

6. Ezza Agha Malak et le miroir de la société libanaise. En guise de conclusion

 

 

1. La géographie des lieux : pour une étude imagologique
      Si j’ai choisi d’étudier Beyrouth dans l’œuvre de Ezza Agha Malak, écrivaine francophone de l’extrême contemporain, c’est parce que l’œuvre entière de Ezza Agha Malak, tant romanesque que poétique, se prête à l’étude imagologique du Liban en général, et de la ville de Beyrouth en particulier.
      Je m’explique. Si le terme d’imagologie est connu en France grâce surtout aux travaux des comparatistes Daniel-Henri Pageaux 1 et Alain Montandon 2, les romans de Ezza Agha Malak donnent la représentation littéraire du Liban, son pays natif, de Beyrouth la mythique, et de ses stéréotypes nationaux.
      Toutefois, pour cette analyse, je m’appuierai sur La Dernière des Croisés3 roman qui se centre sur le côté pragmatique des images, et sur la pragmatique interne de la narration. Loin de l’imaginaire et de son triomphe, le récit représente le monde dans sa complexité quotidienne, censé reproduire la réalité, celle des bonnes dans la ‘bonne’ société libanaise.
À l’arrière plan de l’approche de la représentation du réel dans l’art, je reprends les propos d’Aristote pour qui l’imitation n’est pas négative, mais une généralisation non dégradante. Dans sa Poétique, l’imitation (mimésis) est avant tout celle de l’action, s’inscrivant dans une dynamique.
      Car la littérature, tout comme l’espace culturel dans lequel elle flotte et circule, n’est pas une pratique en vase clos. Comme les autres arts, elle recoupe la politique, dans des proportions qui sont déterminées par la géographie et la politique des lieux.
      Dans La Dernière des Croisés de Ezza Agha Malak, on est non pas dans le réel, mais dans l’illusion de la vraie vie. Le lecteur est violemment interpellé par un cynisme tonal. Ce n’est pas tant le cadre narratif générique qui semble important, que la tonalité elle-même comme une référence à l’univers de l’espace et de la ville. La thématique de la ville semble même prédominer dans le roman dont la fonction vacille entre le Mal et le Bien, entre maîtres et valets. Sous forme d’analyse semi (auto)-biographique, la vie tourmentée de la belle Rima et de la ravissante Fattouma, sa cousine. L’utilisation du Je à la première personne, atteste la véracité du récit tout en impliquant la participation du lecteur dans la souffrance de la jeune fille maltraitée. Auteur-témoin-narrateur, Ezza Agha Malak prend soin de rester anonyme, de gommer sa présence de témoin.
      En marge du pacte (auto)-biographique (dans le sens qui est défini par Lejeune), Ezza Agha Malak propose un ‘pacte romanesque’ qui annonce une fiction, l’autofiction, pour reprendre le terme de Serge Doubrovsky  4. L’adhésion sérieuse de l’auteur qui assume la véracité.
      Ni fiction, ni biographie, je dirais plutôt que le roman de Ezza est un récit de la ‘vraie vie’. De la vraie vie des domestiques, des bonnes dépourvues de nom et d’identité dans la ville libanaise contemporaine. Le récit du vécu de Rima et de Fattouma. De toute Rima et de toute Fattouma. Vécu ? biographie ?  témoignage ? fait divers ? en tout état de cause un texte narratif qui se veut le reflet du monde ‘réel’, le miroir de la société libanaise contemporaine. Le cas de Rima raconté à un ouvrage qui s’impose comme le livre par excellence des jeunes filles domestiques et de la tragédie de vie dans le Liban contemporain.
      L’auteureopère la satire violente des maîtres et la dénonciation de leur comportement autoritaire. Le roman est placé sous le binôme principal Maître-Domestique. Dans l’île des esclaves de la ville tripolitaine, autoritarisme, mauvais traitements, réduction à l’esclavage des bonnes, vouées à la servitude à vie dans une société patriarcale où foisonnent les préjugés sociaux.

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2. Le monde des domestiques : des campagnes miséreuses à la ville
      Plus que le cheminement à l’intérieur de la Ville, de toute ville, j’étudierai la lecture en creux de l’être tourmenté par le besoin ou par le désir.
      Dans La Dernière des Croisés, Ezza Agha Malak opère l’analyse profonde du monde des bonnes et dresse la fine psychographie de leur condition pénible, de leur position singulière ; peu considérées par leurs maîtresses qui les exploitent au maximum malgré leur jeune âge.

      Je fais partie de ces enfants qui naissent avec de la boue dans la bouche, au lieu de la cuillère en or pour certains autres. […] rares sont dans mon village les hommes qui travaillent honnêtement. Ils comptent sur leurs filles qu’ils fabriquent, pondent, comme une poule les œufs. Mon père en fait partie. Mon oncle maternel aussi ; et mon oncle paternel et mon grand cousin, et nos voisins, et presque tous les hommes  de la Vallée. Certains sont devenus aisés parce qu’ils ont beaucoup de filles. (LDC 58-59)

      Au Liban, toute famille bourgeoise possède du personnel à son service. C’est l’un des signes de la réussite, de la considération et de la supériorité sociales. Dans le roman on est face à deux mondes hétéroclites : celui des maîtres et celui des servantes. Les bonnes ont en commun d’être pauvres et de familles démunies « vouées à la servitude, destinées par la force des choses et du sort, à devenir bonnes ». (18) venant des campagnes miséreuses entre la Vallée au Nord du pays aux frontières avec la Syrie, dans « cette zone frontalière qui forme la ligne de démarcation entre le Liban et la Syrie ». (68)
Ne pouvant subvenir à leurs besoins, leurs familles ont pris l’habitude de placer leurs filles dès l’âge de sept ou huit ans chez une maîtresse qui en échange de ses services, leur octroie des ‘gages’, c’est-à-dire un salaire dans son intégralité qui leur assure le gîte et le couvert. « Pour en avoir une, il suffisait de venir jusqu’à la Vallée pour choisir, mais il fallait d’abord passer dans la mesure de la Goule (l’entremetteur) afin de lui exposer ses données et coordonnées ». (18) « Le commerce des bonnes fut sa vie et son rêve, carrière bien réussie ». (18-19)
      De confidence à confidence, le lecteur apprend que l’habitude voulait qu’elles soient dépourvues de nom ; elles s’appelaient toutes Ammoun-la-bonne « comme toutes les bonnes qui viennent chez nous ». (32) La qualification d’ ‘Ammoun’ pour désigner les bonnes est humiliante en soi. « C’est que j’appartiens à ce clan d’enfants qui, dans la Vallée, naissent dans le chaos, sans appartenance, dépossédés d’un état civil qui les détermine et identifie », (33) affirme la protagoniste.
Les mauvais traitements sont quotidiens et le mépris permanent. Les injures pleuvent, Rima, Fattouma et leurs semblables doivent endurer les caprices de leurs maîtresses et encore plus, ceux de leurs maîtres pendant la nuit. Aucune sympathie, aucune compassion, la condition de la bonne « bonnes à tout faire » (19) dans la ville de la côte libanaise reste si peu enviable que l’on échappe dès que possible.
      Dans le théâtre de société des maîtres et des domestiques, si la pauvreté fait la bonne, la richesse fait le mérite des maîtres. Argent, amour et pouvoir sont au centre des rapports sociaux, les critères principaux de la classification sociale. La possession de l’argent confère l’autorité ; son manque réduit à l’obéissance.
      Le déguisement revêt trois formes principales : tantôt d’un changement d’identité, tantôt de l’emprunt d’un nouveau statut social, tantôt d’un recours au double jeu. C’est le cas de Rima qui « avai(t) en ce moment neuf ans à tout casser » (21) et de Fattouma et de leur nouvelle vie dans la boîte de nuit à la capitale. Elles sont obligées de mentir pour y arriver. Un mensonge délibéré.
      Quelle que soit sa nature, le port du masque n’est jamais sans conséquence, tant pour les autres que pour celle ou celui qui y recourt. Un jeu de la vérité qui se transforme en épreuve de vérité ou en une redoutable manipulation d’autrui.
Rima cache son identité et son rang à Karim, qu’elle a connu à l’âge de ses vingt ans, au bord de la Méditerranée, afin d’être certaine d’être aimée pour elle-même. La condition de la domestique est plus qu’humiliante. « J’oublie qui je suis ; qui je fus ». (114)
      Si le masque peut conduire à la découverte de l’autre, celui qui le porte peut finir par croire à son propre rôle. La fiction devient vérité ; le jeu réalité. Fattouma transformée en Lolitta se prend au jeu. Prenant plaisir de sa nouvelle identité, elle assume merveilleusement son nouveau statut qui lui confère la réussite sociale désirée.

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3. Ezza Agha Malak et les métamorphoses de la modernité
      Dans La Dernière des Croisés, la description des lieux, l’effacement narratif de Karim qui n’est là que par la seconde personne du singulier dans la déclaration d’amour, l’atmosphère vaporeuse du moment souligne au-delà du portrait de la sensibilité de la narratrice (et de la complexité de son amour) une mélodie de la phrase et un art maîtrisé du rythme et de la couleur des mots.
      On peut remarquer des similitudes de structure, dans le corps même du récit, qui consiste à narrer une déambulation dans Beyrouth. Le récit est construit sur le schéma : conversation + expérience déambulatoire dans le labyrinthe infirmant ou confirmant les opinions + interrogation sur cette expérience.
      Comme la spatialité du récit, la géométrie architecturale du texte est importante. Les incipit forment un lieu et un moment particulièrement travaillés de façon à accrocher le lecteur. Une véritable rhétorique qui captive et interpelle le lecteur avant même de commencer la vraie diégèse.
      Dans la fiction, Rima et Fattouma sont des personnages-référentiels qui ont réellement existé dans l’Histoire, dans la société ou dans l’horizon d’attente culturel du lecteur.
      Selon la définition célèbre de Milan Kundera, le roman est une « grande forme de la prose où l’auteur, à travers des ego expérimentaux (personnages), examine jusqu’au bout quelques grands thèmes de l’existence  5. Selon Northrop Frye 6, le roman n’est qu’un « secteur de l’ensemble des formes continues particulières de la fiction narrative ».
      Plus que la pragmatique de la fiction, j’insisterai ici sur l’espace, le topos et la la topographie de la ville dans l’œuvre de Ezza, et plus précisément de Beyrouth, la ville qui occupe l’avant-scène dans son œuvre entière avec celle de Tripoli, sa ville natale.
      Entre fiction et réalité, et dans un cadre spatio-temporel qui se veut forcement réaliste, dans La Dernière des Croisés, la fiction n’est que prétexte à la description du réel. Loin de tout projet réaliste, l’auteure représente son époque et propose un tableau complet de la société libanaise, elle insiste sur les données sociales et a surtout pour but d’éduquer, d’alerter, de sensibiliser et non de divertir. Sans copier le monde, le roman de Ezza Agha Malak ‘copie’ une image historiquement et idéologiquement figée de ce monde.
      Si l’on en croit Roland Barthes : « Le Roman […] fait de la vie un destin, du souvenir un acte utile, et de la durée un temps dirigé et significatif »  7, dès lors, l’histoire du roman se confond avec l’histoire du ‘romanesque’. Le romanesque n’est pas le réel rendu désirable, mais le réel rendu cohérent.

      Dans La dernière des Croisés, à côté des personnages romanesques, il y a une typologie d’espaces-temps qui forme autant de prétextes et de tremplins à la narration. Le lecteur aime à retrouver les lieux clos ou ouverts d’où émerge la parole comme un système de reconnaissance. Dans ce sens, la géographie réaliste ou métaphorique de la Ville fonctionne comme un topos indispensable au récit. Raconter devient l’acte d’une déambulation symbolique.

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4. Les sous-classes thématiques
      Dans une écriture de motivation réaliste, et dans une fiction située dans le cadre spatio-temporel entre Beyrouth et Tripoli « en début de la guerre libanaise » (LDC 195), Ezza Agha Malak excelle dans la psychographie humaine des personnages dans une fatalité de l’amour qui va dans le même sens que celle de la métamorphose. D’autre part, dans une véritable pratique de l’ekphrasis artistique, l’auteure dresse vivante la société libanaise en fabriquant un univers purement littéraire dans une nouvelle conception réaliste.
      Le roman est par excellence le lieu du foisonnement. Il décentre les perspectives, multiplie les personnages et les points de vue. Dans une mise en abyme gidienne, Ezza Agha Malak cherche à rendre compte, par le biais du miroir, de la multiplicité des êtres, des points de vue et des sentiments pour manifester l’ ‘épaisseur du réel’ qui est bien sûr utopique.
      L’histoire du roman montre que les grandes catégories thématiques finissent toujours par développer des modes particuliers d’écriture. Dans ses romans, Ezza Agha Malak mélange le fictif à l’effectif, selon la terminologie chère à Gérard Genette 8 selon lequel le fictif est le fictionnel et l’effectif le factuel. Dans La Dernière des Croisés, le ‘monde possible’ entretient des relations complexes avec le monde réel. Le monde possible du roman n’est interprétable qu’à l’aide de notre connaissance du monde effectif. 
      La vie est un théâtre. Acteurs et témoins s’alternent, se mélangent, occupent une position complexe. De confidence en confidence, on apprend la vraie vie des bonnes dans la ville tripolitaine « sur cette côte nord de la Méditerranée ». (LDC 70) La vie de Fattouma, l’aînée, la protectrice, celle de Rima, la cousine, sa cadette se déroule inopinément devant le lecteur. Acteurs de leur propre destin, Rima et Fattouma deviennent en même temps les témoins des réactions de ceux qu’ils trompent.
      Fattouma, meneuse du jeu, a « vraiment du courage […] et beaucoup d’ambition ». (86) Elle s’impose comme l’organisatrice de l’action et de l’évasion de jeunes servantes. « Elle savait exactement ce qu’elle voulait. Tout en se soumettant volontairement à sa condition de bonne ». (97) Véritable stratège, elle arrange avec le chauffeur de taxi,  avec la boîte de nuit aussi, et elle distribue à chaque fille son nouveau rôle. Elle-même se réserve le soin de jouer un double jeu.
      Le triomphe de l’amour, de Rima ou de Fattouma, de l’amour à sa façon, passe par des personnages sacrifiés dont les espérances sont à jamais déçues. Tiraillées entre l’être et le paraître, les deux cousines surmontent les préjugés de leur milieu après de terribles mises à l’épreuve. 
      Le roman se prête à des interprétations contradictoires, sans en corroborer aucune complètement. Si l’on peut admettre un certain cynisme chez Fattouma, il reste passager. Les personnages trouvent au dénouement leur épanouissement affectif. Mais on ne peut pas à l’inverse oublier que cet épanouissement résulte d’un plan concerté, minutieusement exécuté.
      C’est en définitive moins le sort des personnages qui soulève question que le principe même sur lequel repose La Dernière des Croisés. À savoir que l’enfance est tactique. Qu’il se provoque ou qu’il se détruit au gré de la volonté d’autrui, qu’il dépend des manœuvres.
      Ezza Agha Malak analyse les mécanismes et les rouages, plus soucieuse de bien les démontrer que de porter un jugement négatif ou positif. Psychographe fin, elle a comme fonction non pas de juger, mais de révéler, de décrire, d’expliquer.

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5. Beyrouth, ville désacralisée et désacralisante
      L’objectif et le subjectif devraient être indissociables, tout comme l’image renvoie à la conscience imageante ou le perçu à une conscience percevante. En parlant du subjectif, j’abandonnerai l’étude des lieux et je chercherai par quels grands mouvements, ou par quels trajets l’héroïne de Ezza Agha Malak appréhende dans sa connaissance de la ville.

      Notre village est situé aux frontières libano-syriennes qui, géographiquement et politiquement, constituent jusque ces jours même, un cas litigieux qu’on n’a jamais voulu résoudre ou voir de près. C’est une vallée perdue entre deux chaînes de montagnes ; là où les femmes accouchent toutes seules, sans l’aide de sage-femme, dans le pré ou sur le seuil de leur baraque, en faisant le pain ou en trayant la vache. Là où les cordons ombilicaux sont coupés avec un caillou. (33-34)

      Le parcours de Rima, de la Vallée à la Ville et de la Ville à Beyrouth, la capitale, ce long trajet, puis ce long retour à sa Vallée natale symbolisée par « (S)ON sycomore » (21) [sic], cette odyssée en raccourci à travers les saisons et les peines impriment aux allers retours une nécessité qui manque aux déplacements des habitants de la ville. « Ce fut aussi un vrai changement de climat et de cadre » (25) « L’immensité de la plaine me manquait ». (28)
      Au grand air de la montagne, l’espace vaste aussi, s’oppose Tripoli, la ville côtière, « le littoral civilisé », (42) « le rêve de tous les habitants de la Vallée » , (42) représentée de prime abord par l’immobilier et l’ascenseur, « horrible claustration » (29) où l’on « étouff(e) ». (29) Vient ensuite « l’espace décoré » et « désodorisant de l’appartement élégant, opposé à la terre boueuse et marécageuse où mes bêtes féroces « mugissaient, grognaient, hurlaient ». (17)
      L’initiation à Beyrouth la mythique se fait graduement par l’intermédiaire de Karim son amoureux, qui travaille à la capitale, dans une maison de confection de vêtements. « Le voyage Beyrouth-Tripoli devient ces jours-ci impossible. À cause de la circulation. Surtout au niveau du tunnel de Nahr-el-Kalb où souvent il y a des bouchons ». (115-116)
      Bien que Rima soit déjà citadine, l’espace de la capitale reste tout à fait inconnu pour la jeune fille comme un langage inconnu. « Karim me parlait d’un langage étranger, Beyrouth, Nahr-el-Kalb, la circulation, le tunnel… tout cela n’était pour moi que d’images. De mon labyrinthe tripolitain, je ne suis jamais sortie ». (116)
      Après cette première initiation, innocente et anodine, l’introduction de Rima dans le cabaret de la capitale, marque la désacralisation de l’espace urbain. « La rue exhibait des affiches lumineuses innombrables. Ce n’était pas une rue habituelle comme d’autres ». (133)
      Les gens, les femmes aussi, circulent librement dans la capitale. Cette mutation marque l’introduction d’une démocratie urbaine, et en même temps elle fait reculer la charge sacrée de l’espace. Les étagements hiérarchiques disparaissent, les différences sociotopologiques s’effacent. « Danseuses, idiotes ! Dès demain, mon nom va être affiché sur ce panneau… là ! dit-elle en  posant le doigt au milieu des affiches, pour ajouter : - Ne crois-tu pas que je peux devenir quelqu’un de très célèbre ? », (135) s’écrie Fattouma à sa cousine, sur le trottoir de la capitale. Changement de caste, changement de statut, voici le rêve pour toute jeune fille opprimée et oppressée, maltraitée, sans identité ni nom.
      Par opposition à la ville provinciale, Beyrouth la capitale, figure mythique rêvée et lointaine, offre avec son image décapante l’imaginaire auréolé pour toute jeune fille. « Là-bas c’est différent. Les cafés, les pubs, les distractions… Je n’ai jamais su pourquoi la jeunesse ici, accepte avec résignation, sa condition austère ».  (127) L’écart entre les deux villes est grand, disproportionné. « Tripoli est à mon avis le cimetière des jeunes… Là-bas c’est une autre vie… une autre condition… », (127) pense Fattouma et à travers elle toute jeune fille en rage.
      « Du jour au lendemain, Fattouma devint la vedette de cette célèbre boîte de nuit fréquentée par les touristes, particulièrement par les arabes du Golf »  (137) reprenant cette fois-ci le nom de starlette naissante Lolitta. Fille de désir, fille de plaisir, « Fattouma et Lolitta n’étaient pas deux noms distincts, mais deux personnes qui semblaient se marier dans le même corps ». (138)
      La topographie de l’espace clos de la boîte de nuit où exerce désormais Rima « ni tout à fait à l’extérieur ni tout à fait à l’intérieur » (139) fait appel à la topographie du monde, les deux mondes d’appartenance sociale de l’héroïne.  Mais au lieu de retrouver la liberté tant rêvée, Rima étouffe dans cet espace empoisonné par l’odeur de l’alcool, des cigares et du haschisch. Cinq années sont pourtant écoulées avant que Rima réagisse devant cette ‘fatalité’ du sort. « La voix de ma cousine m’arrivait comme du fond d’un abîme ». (145)
      De la boîte des ‘Arcades’ de Monsieur Manuelli, Rima se promote au luxueux ‘Club Vénus’. D’ouvreuse barmaid, elle se transforme en danseuse, « le nouveau rôle proposé par Fattouma ». (150) Nouveau rôle, nouvelle identité, Rima muée en Jacky voit s’ouvrir en elle « les deux battants d’une porte dorée ». (151) Rima devient danseuse d’un show de mouvements et de gestes corporels obscènes. « À la fin du spectacle, une main d’homme velue et brune me désigna. […] Sous prétexte de me changer, j’ai pris le chemin de la sortie de secours, et me vis, encore une fois dans la rue, presque vide. […]  Mon présent était perdu, tout comme mon passé. À plus forte raison l’avenir ». (152-153)
      Du sommet de la réussite où elle était promue, Rima-Jacky, suite au refus de se donner aux hommes en koufias venus du Golf, dégringole et change vite de statut, de caste aussi. Le passage de l’hôtel Riviera, où se logeaient les riches du Golf, à l’hôtel Phénicia, s’il en était encore un, décombre squelettique de la guerre libanaise, symbolise le parcours de l’héroïne dans la descente aux enfers. Son trajet à l’envers cette fois de Beyrouth à Tripoli et la nouvelle topographie des lieux,  marque la véritable métamorphose de la protagoniste. De Rima-Jacky, elle devient Rima-Ammoun, réincarnant à tout jamais son rôle de fille de la Vallée, « dans la chambre de bonne située […] à côté de la cuisine ». (156)
      À la suite d’un premier retour inadapté  à la Vallée natale avec un mariage forcé imposé, nouveau retour, nouvelle fugue et nouveau tracé : Vallée-Beyrouth, Beyrouth, Aïn Lemraïssé, l’extase, l’éclatement, le mirage.

      Je suis à Beyrouth. La capitale. Différente des autres villes ; et qui n’a jamais cessé de cultiver cette différence. La capitale engloutit ; affaiblit les mémoires ; assourdit les cœurs. Elle me donne une sensation de vertige. Tous ceux qui ont connu la capitale ont connu cette sensation de vertige ». (185) Déçue de son premier passage à la capitale, l’héroïne s’extasie désormais devant cette ville de la différence et de la tolérance ; cette ville généreuse au bord de la Méditerranée, de l’autre côté de Tripoli. Superbe Beyrouth « de culture arabe et française à la fois […] Beyrouth… le joyau de la Méditerranée : épanoui… ouvert à toutes les cultures… intermédiaire entre l’Occident et la région moyen-orientale… Le Liban et sa Méditerranée ! Quelque chose de spectaculaire ! (198)

      Tout le roman se repose sur l’axe spatial qui oppose les deux villes, Tripoli et Beyrouth, en opposition elles-mêmes avec la Vallée. « l’identité de la fille de la Vallée, la domestique des villes ». (191) Le parcours de Vallée-Ville et vice versa préconise le parcours de l’individu, l’ascension ou sa chute sociale. « Propriétaire d’un chalet au bord d’une Méditerranée consolatrice. Directrice d’une Maison de haute couture. Mais aussi styliste », (221) Rima poursuit sa vie loin de la terre de la Vallée qui « [la] rejette et [la] dénie ». (222) « Face à la mer, dans cette grande rue côtière de Beyrouth, la Directrice-styliste venait d’acheter un immeuble de six étages, appartenant pendant la guerre à un Émir saoudien ». (235)
      Le retour triomphal de Rima dans sa Vallée natale efface ce qui est supposé être le lieu de la souillure à Beyrouth, et de son premier poste de travail. Une nouvelle géométrie s’instaure qui tisse des relations entre les espaces géographiques et rend justice à tous les points  qui, par leur mise en relation, constituent une figure. Une instauration certes symbolique. Les villes, qu’il s’agisse des villes provinciales ou de la capitale, ont longtemps été sacrées et consacrées, par opposition à la campagne et au surnaturel agricole. Comme pour Œdipe, il n’y a pas de détail innocent dans le cheminement de Rima. Il fallait qu’elle partît de sa montagne, de sa vallée, se vendre une première fois bonne aux gens de la ville, puis dans les boîtes de nuit de la capitale. Un parcours difficile qui conduit Rima à la réconciliation avec le soi, à l’acceptation de la mère, et du père, et à l’ouverture à une clairvoyance. À la fin de son pèlerinage dramatique, Rima a bien changé. Une initiation au terme de laquelle l’héroïne, et avec elle l’être humain, acquiert un peu plus d’humanité, ou succombe s’il capitule.
      Beyrouth se donne à Rima comme aux autres filles de la vallée, comme une origine et comme une fin. Une genèse métaphorique. Gavroche le gamin, l’insurgé parisien, est porté par le sol de la rue. Sur le pavé, il connaît l’ivresse et la sécurité. Rima aussi, prolonge le ‘trottoir’, elle l’accepte de bon cœur, sans rêver de la campagne, molle et abandonnée, qui lui a été refusée par le sort.
      Une origine donc mais aussi une fin. Après la ville côtière au Nord du pays, Beyrouth la capitale était et elle est encore pour beaucoup d’êtres, le lieu de leurs espoirs et de leurs détresses – leur chance. Le visage de Beyrouth et le sens de la destinée de Rima se rejoignent. Quoiqu’il arrive, dans la ville de Beyrouth, se nouera et se dénouera sa passion d’exister, de changer sa vie ou la face du monde. La ville reprend un sérieux qui coïncide dès lors à la liberté humaine. La mise est de taille : la dignité humaine, l’émancipation de la femme, et la résolution de ses problèmes. De ce fait, Beyrouth devient le témoin de l’histoire individuelle et collective des êtres humains et dans notre cas précis des femmes subordonnées. Dans une interaction psychosociologique, l’expérience de la liberté de Rima se confond avec celle de Beyrouth.
      De la Vallée à la Ville, et de la Ville à Beyrouth, le trajet qui est présumé la conduire au plus haut ou au plus bas de sa situation sociale et de sa condition humaine, se confond avec un itinéraire urbain. Ascension ou dégradation ? Voilà déjà un trajet majeur de ces traversées possibles. Son désastre s’accomplit d’une façon vertigineuse. Sa réussite aussi. Revers de la médaille, Beyrouth et le cabaret réussissent Rima malgré elle dans l’ascension sociale. Une telle synthèse s’élabore au plus organique de la personne. Il faut que la ville entre dans les talons, dans les jambes, et elle recoupe d’autres codes partiels, la manière familière de nommer les monuments, les plats en honneur et en horreur, les pensées, l’indicible.
      Dans une dialectique du dedans et du dehors, Rima réduit les lieux. Elle passe imperceptiblement de la cabane à la maison et de la maison au cabaret ; de la campagne à la ville et de la ville à la capitale. Cette phénoménologie de l’espace n’est pas fortuite pour Rima. Son ascension est désormais vertigineuse. Elle retrouve naissance et un mode d’être avant toute falsification. Le monde prend forme, il naît à l’apparence. Dans une triple reproduction des lieux, village, ville, capitale, apparaissent comme le parcours possible de la jeune fille, de toute jeune fille en détresse dans ces sociétés ‘primitives’. Décor morne ? Réduction anthropologique des lieux ? En tout cas, un espace constitué où émergent les choses, par reproduction ou par déconstruction. Les frontières du dehors et du dedans sont précaires, tellement précaires, parce que la ville bouge, change, mue. Ville-refuge, Beyrouth devient pour Rima une ville tremplin. Tremplin pour la réussite. La réussite par le bas. Comme toutes les capitales, elle façonne les schèmes ascensionnels  à dominante rythmico-sexuelle. 
      L’œuvre de Ezza Agha Malak produit une alchimie particulière. Les besoins humains changent et évoluent, mais ils impliquent toujours le ventre ou l’imagination. Tout fonctionne par pair d’opposition ou de juxtaposition dans le roman de Ezza. Qu’il s’agisse de Vallée-Tripoli, de Tripoli-Beyrouth ou de Beyrouth-Vallée, l’espace coïncide dans la fiction avec le pair des figures féminines Rima-Fattouma. L’une double l’autre, l’une dépasse l’autre. La métamorphose de personnages s’opère par la transgression des lieux, et de la ville. Mais plus que toute ville, c’est à Beyrouth où s’opère la véritable métamorphose de deux protagonistes rebelles. Dans l’entre-deux de l’espace urbain, Fattouma devient danseuse de réputation hors pair ; Rima styliste de renom.
      Pour Rima, Beyrouth représente l’Éden retrouvé et à nouveau perdu. Dans une poétique dépoétisée de la Ville de Beyrouth, Ezza Agha Malak institue la rêverie et suscite le rythme de la ville dans sa relation non pas avec l’individu mais avec le collectif. Cette impression si elle n’est pas tout à fait récusée pour Tripoli, elle l’est pour Beyrouth, plus imprévisible et plus chimérique que les villes environnantes si bien domestiquées. Déconcertante, dangereuse par ses tentations, épuisante par la diversité de lieux louches qui émergent dans la nuit, Beyrouth apparaît comme une ville monstre qui engloutit les jeunes filles.
      Le roman de Ezza est un cours d’humanité. À la fin de l’œuvre, les domestiques deviennent des ‘maîtres’, à une seule différence près : ils se comportent avec de la bienveillance.

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6. Ezza Agha Malak et le miroir de la société libanaise. En guise de conclusion
      Beyrouth, Liban, Ezza Agha Malak… Difficile de tout dire sur Beyrouth. Difficile de tout dire sur Ezza.
Écrivaine francophone de l’extrême contemporain, Ezza Agha Malak a chanté son Liban natal et a auréolé la ville de Beyrouth qu’elle met au centre de toute son œuvre, poétique, [Migration, Quand les larmes seront pleurées (1992), Entre deux Battements de Temps (1991)], et romanesque [La Dernière des Croisés (2002), Bagdad (2006), ou encore Mariée à Paris... répudiée à Beyrouth (2009) ].
      Écrivaine engagée, Ezza Agha Malak se bat pour changer le monde. À l’usage désintéressé du langage, elle en fait un usage instrumental donnant aux mots leur âpre signification.
      Pour l’écrivain, comme pour tout être qui parle, le verbe est chair. Il est saveur, il est sève, il est souffre, il est son et frémissement. Chez Ezza Agha Malak le texte est fait de cette chair. Le texte est cette pulsation, cette sensation, ce rythme, ce grain, cette matière. Il est tissé de mots de gueule, de mors d’azur, de mots de sable, de mots de toutes qualités, de toutes couleurs et de toutes consistances. Elle s’engage dans l’écriture et engage en même temps sa volupté dans la chair du verbe. À cette volupté, elle donne son temps, son désir, sa vie.
      Un bon roman ne change pas la situation, mais il change les gens. Les romans de Ezza Agha Malak nous font voir un autre visage de l’homme. Une littérature de qualité qui nous rend plus sensibles, plus tolérants, plus accueillants.
      Sans être politique, Ezza Agha Malak offre le miroir de la société libanaise, et de Beyrouth en particulier. Roman social ou chronique romanesque, Ezza Agha Malak, dans une narration qui se veut microscopique, fait l’histoire d’individus à l’intérieur de la société libanaise et par conséquent de la société elle-même.
      Si Beyrouth avait connu à travers les siècles et les saisons, mille et une façons de mourir, elle a également connu mille et une façons d’aimer, de vivre, de survivre et d’espérer. Tel est le message qui se dégage sous la plume de Ezza Agha Malak à travers les diverses évocations de cette ville cosmopolite, belle à en mourir. Beyrouth dans sa grandeur et sa misère, dans son espoir et son désespoir, son amour et sa haine, sa joie de vivre et son désir de mourir. Beyrouth aux mille coups d’épée dans le dos, « capitale de la douleur » 9 portant avec fierté ses misères et ses souffrances.
      Oscillant entre réalisme et exploration des profondeurs psychiques, l’œuvre entière de Ezza Agha Malak, tant romanesque que poétique, connaît un essor qui dépasse les frontières nationales transportant quelque chose de son cœur, son pays natal et la ville de Beyrouth, Beyrouth la mythique, ville aux mille paradoxes et aux enjeux ontologiques et déontologiques d’une métropole moderne moyenne orientale.

 

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Ouvrages Cités
Agha Malak, E. Bagdad. Des morts qui sonnent plus fort que d’autres. Paris: Société des Écrivains, 2006.
Agha Malak, E. La Dernière des Croisés. Paris: Éditions des Écrivains, 2002.
Agha Malak, E. Migration, poésie, Tripoli: Éditions Jarrous, 1985.

 

Efstratia OKTAPODA est Ingénieur d’Études à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV) et Ph.D. en littérature comparée (Université Montpellier III). Elle a enseigné aux Universités de Tours, de Clermont-Ferrand, de Toulouse et à la Sorbonne. Elle a consacré sa thèse (1995) et différents articles au naturalisme grec et français (Neohelicon, 2004 ; Agora, 2002 ; Francofoni, 12/2000). Elle a contribué à l’élaboration d’ouvrages et de dictionnaires littéraires sur l’imagologie, l’hospitalité, l’érotisme : Encyclopedia of Erotic Literature (Routledge, 2006) ; Le Livre de l’hospitalité (Bayard, 2004) ; L’Europe, la France, les Balkans (2004) ; Agora (2003) ; Littérature et Nation (24/2001). Elle a édité les ouvrages La Francophonie dans les Balkans. Les Voix des femmes (en coll.), (Publisud, 2005) et Francophonie et multiculturalisme dans les Balkans, Introduction par Pierre Brunel (Publisud, 2006). Elle a dirigé le Numéro spécial La Francophonie de l’Est méditerranéen. Mémoire et identité pour Neohelicon XXXIII (1/2006), Voyages dans le Levant et ailleurs (en coll.) pour Cahiers de l’Echinox, 11 (2006), Mythes et exotismes dans les littératures francophones à l’ère de la mondialisation pour Dalhousie French Studies (Halifax, 2009). Elle travaille sur différents aspects de la littérature comparée aux XXe et XXIe siècles et poursuit ses recherches sur la Francophonie et les littératures européennes, balkaniques et méditerranéennes.

 


 

NOTES

1. Voir Daniel-Henri Pageaux, « Une perspective d’études en littérature comparée : l’imagerie culturelle », in Synthesis, Edition de l’Académie République socialiste de Roumanie, no VIII, 1981, p. 169-185.

2. Alain Montandon (dir.), Mœurs et images. Études d’imagologie européenne, Université Blaise Pascal, CRLMC, Clermont-Ferrand, 1997.

3. La référence à ce roman sera désormais indiquée dans le texte avec le sigle : LDC.

4. Lorsqu’en publiant son autobiographie, en 1977, intitulée Fils (Galilée), il lui a donné comme sous-titre ‘roman’.

5. Milan Kundera, L’Art du roman, 1986, Gallimard, coll. « Folio ».
6. Northrop Frye, L’Anatomie de la critique, 1957, Éd. du Seuil.                                     
7. Roland Barthes, Le degré zéro de l’écriture, 1953, Éd. du Seuil, coll. « Points ».

8. Gérard Genette, Fiction et Diction, Éd. du Seuil, 1991.

9. Ezza Agha Malak, « Beyrouth », Migration,poésie, Tripoli: Éditions Jarrous, 1985, p. 91.

 



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