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Le livre à la croisée des sens et des transformations.

Le livre en français : production et portées.

 

Deuxième Congrès régional de la CMA

Beyrouth du 4 au 7 décembre 2009

 

Mon exposé porte sur les transformations  du livre dans sa forme évolutive puis dans sa révolution numérique: Du manuscrit au tapuscrit et du livre de papier et d’encre au livre électronique et numérique. Ceci selon deux points de vue : celui qui examine les rapports entre l’auteur et l’éditeur, et celui qui met au centre, le lecteur. Avec cette question préoccupante: Quel avenir pour le livre de papier face au lancement du livre numérique ?

 

Le plan que je suivrai est schématisé comme suit :
 Le scribe : cet artisan
L’imprimerie : une vraie industrie du livre
« Ceci tuera cela » : le livre et la pierre ; Hugo et Gutenberg : Ils sont foutus les temps des cathédrales…
 La première imprimerie en Orient à Qozhaya
Les rapports auteurs/éditeurs : exigences nouvelles
Numériser la culture : Le numérique face à la matière végétale ; virtualité versus réalité
Les livres électroniques sont nés
L’édition et la librairie doivent organiser la résistance
Google le géant du Net et le projet de numérisation du fonds français
Au Liban la numérisation commence timidement
La lecture de l’information numérique : une question de génération
« Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ».

 

Quels que soient ses supports, le livre a subi des transformations surprenantes. C’est une révolution plutôt qu’une évolution.
Au commencement c’était le manuscrit, manus scriptus, texte ou ouvrage écrit à la main par un scribe.

 

 

1- Le scribe : cet artisan
Un scribe est au sens historique, une personne qui pratique l’écriture. Son activité consiste à écrire à la main des textes administratifs, religieux, juridiques ou des documents privés ; puis à en faire des copies (assimilé ainsi à un copiste ou écrivain public). Ce qui rend le travail fastidieux.
C’étaient surtout les moines qui assuraient la chaîne de production du livre.
Toutes les anciennes civilisations, celle de la Mésopotamie, de l’Egypte antique du Proche-Orient ancien, etc. avaient recours aux scribes.
Si on revient 5 millénaires en arrière, on peut voir comment, après l’invention de l’écriture, les anciens mésopotamiens (comme dans l’Egypte antique) ont créé des écoles (au début du 2ème millénaire avant notre ère) pour former des scribes. La plus connue est l’école de Nippur, la grande capitale culturelle à cette époque, qui enseignait l’écriture, le calcul et une langue morte, celle de Saumur. Les jeunes scribes écrivaient sur des plaquettes d’argile, matière durable, résistante à l’usure du temps et qui a jadis étonné les archéologues par sa résistance. L’écriture demandait un long apprentissage à cause de la complexité du système graphique qui comprenait plusieurs centaines de signes.

D’une manière générale, les scribes étaient des fonctionnaires de l’Etat chargé de copier les textes officiels et les textes anciens. Ils appartenaient à une classe minoritaire qui savait lire et écrire. Ils avaient donc un statut social important. Michelet les nommait les « bureaucrates ».
Mais ils n’étaient pas que des scribes. C’étaient des artistes, mieux, des artisans. Un manuscrit est témoin de son scribe. Qu’il soit de papyrus, de parchemin ou de papier, chaque manuscrit est unique car il est l’œuvre et l’art d’un individu qui s’inscrit dans son œuvre : qui, même disparu, renaît dans son art et dans le cheminement de sa main. Très méticuleux, son travail n’était pas facile. Un bon scribe ne pouvait guère produire plus de deux cents pages par jour. Pour copier deux cents pages, il lui fallait un mois d’écriture. La culture ne circulait pas facilement avec les manuscrits.

 

2- L’imprimerie : une vraie industrie du livre

Puis l’imprimerie apparut répondant à un besoin urgent de faire circuler la culture ; et Gutenberg mit en œuvre son procédé typographique, avec de sérieuses adaptations mécaniques qui simplifiaient la tâche : Une grande révolution où la machine vient assister l’homme pour faire exister le livre, l’imprimer et le faire circuler avec des pages numérotées. Puis « imprimerie », terme trop générique, fut remplacé par les termes spécifiques «industrie graphique ».Car avec l’imprimerie c’était une vraie industrie du livre. Qui allait se répandre en France.
En 1470, trois ouvriers allemands issus de l’imprimerie typographique de Mayence, installent à Paris, dans les locaux de la Sorbonne, la première imprimerie typographique. Ce fut ensuite à Lyon qui imprime le premier livre français, « La légende dorée » de Jacques de Voragine.
Notons que c’est au 13e siècle qu’on commençait à numéroter les feuilles en chiffres romains. La foliation sera remplacée par la pagination en chiffres arabes dans la deuxième moitié du 16ème siècle.
A noter aussi que le premier incunable est la Bible à 42 ligne (B42). Et les premiers livres imprimés en France sont le recueil des Histoires de Troyes, en 1464, et les lettres de Gasparin de Bergame (Epistolarum liber) (à Paris).
Finie donc (au 15ème siècle) l’ère des scribes et des copistes.
Avec l’imprimerie, la diffusion du livre, la reproduction des écrits et des illustrations va se faire en grande quantité. Ses techniques (ou la chaîne graphique), qui comprennent la composition de textes, le façonnage (reliure, pliure), le traitement des illustrations (gravure, photo, dessin, etc.), l’impression et la relecture, vont assurer un tirage à grande échelle.
L’arrivée du procédé d’impression (dit à plat) l’offset, avec ses avantages et ses inconvénients, (découvert en 1904 par Rubel, un imprimeur américain) va permettre une grande finesse d’impression et faciliter l’exploitation des images et des couleurs. L’exploitation du livre de papier atteint techniquement de hauts niveaux.
Tout donc change au 15e siècle, car Gutenberg vient d’inventer l’imprimerie. C’est l’ère de la machine.

 

3- « Ceci tuera cela » : le livre et la pierre. Hugo : « Il est foutu le temps des cathédrales »
Ici j’aimerais m’arrêter sur une théorie, littéraire mais qu’importe ! concernant l’imprimerie et … Victor Hugo.
Dans son roman « Notre Dame de Paris », Hugo ressuscite le Paris d’autrefois avec sa cathédrale. Le roman retrace, comme on le sait, la destinée d’une jeune bohémienne, Esméralda, victime de la convoitise des hommes et qui a fini par être pendue.
Mais notre problème est là :
Hugo fait proférer dans ce roman sa fameuse sentence « Ceci tuera cela. » par un de ses personnages, l’archidiacre Frollo.
C’est toute une théorie que le grand Hugo construit, avec laquelle il affirme que l’invention de l’imprimerie est le plus grand événement de l’histoire ; que le livre tuera l’édifice, la pierre ; que l’imprimerie tuera l’architecture, l’Eglise, dans ses deux sens. Si pour lui, « Toute civilisation commence par la théocratie et finit par la démocratie » et si « cette loi de la liberté succédant à l’unité est écrite dans l’architecture », cette dernière constitue pour lui une « maladie », « une décadence plutôt qu’une renaissance ». On en conclut que seule l’invention de Gutenberg, son livre et sa presse, vaincront.
A partir de cette théorie, nous pouvons comprendre ceci : Manuscrite, la pensée est en danger. Imprimée, elle devient « volatile, insaisissable, indestructible ». Pour Hugo, l’impression de la pensée est un mode d’expression qui, avec le temps, « assèche l’architecture ». Dans sa fameuse phrase, « ceci tuera cela », il veut dire l’effroi du sacerdoce face à un géant incontournable, l’imprimerie ; l’épouvante de l’homme du sanctuaire devant la machine lumineuse de Gutenberg. « Il est foutu le temps des cathédrales, le monde est entré dans un nouveau millénaire » peut-on chanter avec Luc Plamondon dans sa comédie musicale éponyme.
Hugo était confiant en la machine et le livre imprimé.
Mais étrange coïncidence : dans la première édition de Notre Dame de Paris, plusieurs chapitres du livre s’étaient égarés, entre autres « Ceci tuera cela » le second chapitre du livre V; il va être retrouvé puis ajouté dans l’édition suivante. Mais Hugo ne désarme pas : « Le grand’œuvre de l’humanité ne se bâtira pas, il s’imprimera » écrit-il encore en décrivant le Paris de 1482.

Ici, j’aimerais ajouter que, de tout temps, l’homme a toujours eu ce rêve d’égaler Dieu, de s’immortaliser dans son œuvre et se rendre éternel dans la mémoire aussi bien individuelle que collective. C’est pourquoi il a inventé l’imprimerie ; c’est le moyen ad hoc pour réaliser son rêve d’éternité. Imprimer la pensée c’est s’imprimer, rester pérenne. S’éterniser : c’est le grand rêve du genre humain.
Ainsi, de la main des scribes à la machine, l’imprimerie, beaucoup de choses ont-elles changé. La pensée va s’imprimer.

 

4- La première imprimerie en Orient à Qozhaya

Mais peut-on passer sous silence ce grand fait historique dans le monde de l’impression : l’imprimerie de Qozhaya qui fut la première imprimerie en Orient ?
En 1610, des prêtres maronites font venir de Rome une imprimerie à caractères syriaques et l’installent au couvent de Qozhaya. Comme il n’y avait pas à cette époque de typographie arabe (fontes), on imprimait les livres religieux en karchuni (caractères syriaques) Le premier ouvrage publié au proche Orient fut un Psautier syriaco-arabe, paru en 1585.
En 1706, le patriarcat orthodoxe d’Alep fit venir une imprimerie d’origine roumaine et l’installa dans la ville. Il faudra attendre 1733, pour voir fonder au Liban, par Abdallah Zakher, une imprimerie arabe à partir de matrices venues d’Europe. Mizan ezzamane fut le premier livre imprimé à Choueir avec une mise en page presque parfaite et de beaux caractères.
L’édition libanaise va s’élargir sous la direction de Farès el-Chidiac. Puis s’intensifier avec la formation du Syrian Protestant College (la future Université Américaine de Beyrouth) et un peu plus tard, l’Université Saint-Joseph. La rivalité entre les deux institutions va donner naissance à deux éditions de la Bible. Ceci pour dire que cette domination des imprimeries d’inspiration religieuse va engendrer de petites maisons d’édition indépendantes pour l’impression des livres profanes.
Mais du fait des difficultés techniques qu’elle rencontre, l’imprimerie arabe jouera un rôle marginal par rapport à l’imprimerie européenne.
Entre l’impression de la Bible à Mayence par Gutenberg en 1455 et celle du premier livre arabe, Le Kitab Salat As Sawa’i, un demi siècle environ s’est écoulé. Tandis que au XVIe siècle, l’imprimerie faisait du progrès rapide en Europe, l’Orient en restait au stade des scribes et des moines – copistes.

 

5- Les rapports auteurs/éditeurs : Exigences
Avec la machine à écrire, le manuscrit devient tapuscrit, un texte dactylographié. Sa lisibilité s’améliore mais les corrections restent laborieuses. « Votre manuscrit doit être tapuscrit » exigeaient les éditeurs de leurs auteurs.
Il faut attendre la fin du siècle dernier et la diffusion explosive de l’ordinateur (dans les années 80) pour assister à la révolution du numérique qui va bouleverser librairies et maisons d’édition. Mais aussi les rapports auteurs/ éditeurs. Ces derniers deviennent de plus en plus exigeants.
Relevons ici un détail important concernant l’imprimerie en ligne:
Avant Internet, l’auteur devait porter à l’éditeur, son manuscrit dactylographié. Ensuite attendre la réception du manuscrit cliché pour les corrections, puis le renvoyer pour l’impression. Actuellement, sans se déplacer vers l’éditeur ou vers la poste, on peut envoyer son document en ligne et de la même façon, recevoir le bon à tirer (BAT) puis le livre édité.
Pour certains éditeurs, il n’est plus question de manuscrits ni de tapuscrits, ni même de disquette, (que les nouveaux ordinateurs ignorent ; même plus un input pour cet outil tombé en désuétude en Europe); mais un texte numérisé envoyé directement à l’éditeur sur Internet, dans un format prêt à l’impression (PDF). L’auteur sur son ordinateur, doit tout faire à présent : il suffit d’effleurer des boutons.
Tout devient imprimable à partir de notre machine : cartes de visites, dépliants, catalogues, faire part, carton d’invitation, par l’intermédiaire ou non, d’un éditeur
Le livre va donc balancer entre une réalité réelle et une autre virtuelle. Laquelle va l’emporter ? « Ceci ou cela » ? (Aussi faut-il envisager pour les élèves, des devoirs de vacances ou des leçons de rattrapage sur Internet). On est face à un dilemme. Des librairies virtuelles  vont concurrencer des librairies physiques.

 

6- Numériser la culture : le numérique face à la matière végétale : virtualité versus réalité.
Le virtuel facilite la vie, donne même accès à l’inaccessible de naguère : Acquérir un document sur Internet n’est plus qu’un téléchargement. Un clic et quelques microsecondes d’électrons serviles pour y avoir accès : Innovation incomparable est celle de lire, sans jamais le toucher, un livre en ligne, et sans se déplacer pour l’acquérir vraiment.
Mais avouons une chose : Avec le livre papier, il y a la dimension affective, ésotérique non négligeable. L’affect y est roi. Des rapports charnels sont entretenus. Les sens convergent vers la matière végétale qui supporte les caractères. Toucher, tourner la page, c’est parfois un besoin et une soif. En outre, c’est la possession de l’objet qui prolonge votre mémoire, conforte votre souvenir et assoie votre autorité !
Mais modernité exige. Les nouveaux supports numériques deviennent indispensables. Le livre virtuel, c’est commode.
Cela veut-il dire que le livre traditionnel est en danger ? La révolution est rapide, et elle nous emporte dans un tourbillon.

 

7- Les livres électroniques sont nés
Parlons du Cytale, premier livre électronique,  connectable par câble ou par MODEM sur Internet, avec son site 00h.00.com (1998) où des milliards de documents et de livres sont accessibles.
Cytale ou la formule 3 en 1 (comme le shampoing). Il est à la fois un outil de lecture en pleine page ; une bibliothèque ambulante qui peut stocker plus de 30 ouvrages et un équipement de communication permettant l’acquisition immédiate des ouvrages sur Internet. Ce e-Book (les Québécois préfèrent le mot « liseuse »), commercialisé en France dans les années 2000 sous le nom de Cybook) a le format d’un livre de poche avec une couverture rigide. Ses composants : mémoires, processeur, batterie, écran tactile sans rétro-éclairage, navigateur Internet, sont là pour un meilleur confort. Stocker un million de pages dans votre bibliothèque portable n’impressionne plus. Imaginez que mille romans sont là, au chaud dans votre poche! Nombre impressionnant dépassant en fait les capacités de lecture d’un homme normal. A raison d’un livre par semaine, il lui faudra 20 ans pour absorber son stock !
Posséder ? Ou lire ?
Certaines avancées techniques pourraient avoir des conséquences étonnantes. Une version du livre numérique fut conçue pour les déficients visuels en collaboration avec des orthoptistes ; cette version permet aux malvoyants de retourner à la lecture  en réglant la taille de la police (comme chez les ophtalmologues)! Adossé à une synthèse vocale, le livre numérique offrira aux aveugles autant d’occasions de « lecture ». Mais qu’en penseront les « lecteurs » ? L’oreille remplacerait-elle l’œil ? Le concept même de lecteur est en train de changer.
Les supports de la musique, les conditions de son écoute sont plus étonnants encore. On voit souvent des couples courir à pied en écoutant, casque sur les oreilles, la musique sortie d’une mémoire numérique baladeuse, avec une qualité d’écoute qui dépasse celle des salons d’autrefois.
Le lecteur classique se trouve obnubilé par son livre papier qui devient le centre de son monde: Il le tient fermement, perceptiblement, assis sur un siège ad hoc ou allongé dans un cadre qu’il a choisi. Ses mains le touchent, son regard le parcourt, son cerveau entre en pleine concentration avec la page matérielle. J’ai connu quelques hurluberlus qui lisaient en marchant, mais ils sont rares !
Si l’on regarde les utilisateurs d’ordinateurs, on voit des nez fixés devant l’écran, des yeux froissés par le rétro éclairage, des dos droits ou voûtés, et une matière fuyante car virtuelle, avec de l’encre numérique.
Etranges convergences posturales et cérébrales. Laquelle est la plus conforme ?
C’est dans les mains des lecteurs que le livre rencontrera son destin. Des livres virtuels, avec des pages filantes qui peuvent être parcourues et engendrer le rêve ou le savoir, comme dans un vrai livre, avec même un dictionnaire intégré. Lire au lit, dans l’avion ou dans le train, choisir facilement de varier sa lecture comme dans une vraie bibliothèque : autant d’occasions pour un lecteur.
  Besoin de lire une nouveauté ? Internet est là, avec ses catalogues immenses, ses microsecondes d’impatience, et son paiement électronique. Bien sûr, le livre virtuel a un coût. Manipulant le virtuel, probablement que l’éditeur y trouve son compte. Alors, avec cet avènement, n’a-t-on pas raison de s’interroger sur la vie du livre papier ?  

 

8- L’édition et la librairie devront organiser la résistance
Une nouvelle génération d’éditeurs crée des livres virtuels. Pour l’instant ce sont des numériseurs, et donc uniquement des distributeurs. Ils numérisent ce qui existe déjà en livre papier. Quel choix font-ils ? Qui est responsable de la sélection et des livres endommagés par la numérisation ?
Si les auteurs construisent le livre numérique, son contenu et son plumage comme c’est déjà le cas aujourd’hui, on ne voit pas bien à quoi servent les éditeurs… C’est particulièrement le cas pour les écrivains, parce que, techniquement, leurs ouvrages sont simples (c’est du texte). Pour eux l’intervention d’un éditeur dans la fabrication et dans la distribution n’est plus un strict besoin. Aussi peut-on devenir son propre éditeur. Nombre d’auteurs devraient se passer désormais des services de leurs éditeurs. Tout au plus ceux-ci peuvent-ils continuer à organiser des « prix littéraires » pour exhiber leurs poulains et faire naître une Star Academy littéraire ! Ils commencent par ailleurs à créer des sites numériques qui affichent leurs titres et leur catalogue.
A titre d’exemple : Dernièrement, se positionnant en tête de la révolution numérique, l’Harmattan a lancé l’Harmathèque, un site de prêt numérique « le plus important du marché francophone à l’usage des bibliothèques, universités, institutions ». Ce « fonds de l’Harmattan » numérisé offre plus de 20.000 titres en e-Books, plus de 7.000 articles ainsi que le catalogue complet de sa filiale représentant environ 500 V.O.D et 500 programmes audio. Pour y avoir accès, il faut certes s’abonner. La culture devient accessible à tous dans ces seules conditions.

 

9- Google le géant du Net et le projet de numérisation du patrimoine français à la BNF
Créatrice d’un gigantesque moteur de recherche, la société Google accapare l’information à distribuer. Vecteur informatique planétaire, ce moteur de recherche important élargit son catalogue littéraire mondial numérisé. Les ouvrages de référence comme le dictionnaire et l’encyclopédie, les ouvrages du savoir (droit, médecine, sciences humaines) avec d’autres secteurs (tourisme, bandes dessinées, beaux-arts) sont déjà largement entrés dans la numérisation pour être commercialisés. Aujourd’hui, cette entreprise a une position dominante. Selon le journal satirique le Canard enchaîné,  elle pourra devenir « le plus grand libraire du monde vendant des ouvrages en ligne ».
Il sera intéressant ici de parler du projet gigantesque de la Bibliothèque Nationale de France en partenariat avec Google: la numérisation massive d’ouvrages conservés notamment dans des prestigieuses bibliothèques internationales. Ce projet de « numérisation des œuvres du patrimoine écrit » que la Bnf compte confier au moteur de recherche n° 1 dans le monde (et qui pourra devenir le n°1 des librairies en ligne) a suscité énormément de réactions. 
« Est-il bien raisonnable de donner à Google un monopole sur le patrimoine écrit français ? » (le PDG d’Hachette Livre).
Il est important « que cet opérateur privé n’ait pas de monopole sur le fonds numérisé » (le président de la Bnf)
« Il ne faut pas armer les géants du Net » (Nourry) 
Le responsable de Google Livres pour les pays francophones, (Philippe Colombet) est pour un partenariat public-privé, créatif et transparent.
Le journal satirique, le Canard enchaîné, affirme qu’aux Etats-Unis, Amazone contrôle 85 % du marché du livre numérique et, dans la musique, Apple est ultra dominant, que Google a déjà numérisé plus de 10 millions d’ouvrages et espère atteindre rapidement les 15 millions ; il ajoute que le budget de ce programme de numérisation à la Bnf s’élève à plusieurs milliards de dollars.
Un défi à tous les programmes de numérisation.
Passons à un niveau moindre :
Actuellement, les maisons d’édition, en France et ailleurs, proposent des contenus numériques et vendent leurs produits culturels en ligne. Pour l’instant, on peut encore faire ses courses chez des libraires. Comme les épiceries de quartier, leur nombre diminue régulièrement, des grandes surfaces spécialisées (ou non), des supermarchés (casino, Carrefour), étalent encore des monceaux de livres en papier. Mais demain ?

 

10- Au Liban, la numérisation commence timidement
Le livre francophone numérique est très peu présent au Liban. Une petite partie de la population a accès aux technologies de l’information et une bonne partie la méconnaît ou l’ignore. Une troisième partie a la phobie du Net. C’est le rejet total du numérique.
Les libraires locaux, à distances des grandes sources éditrices européennes sont conscients de l’intérêt et les difficultés qu’apporte l’édition numérique. Par ailleurs, le coût du transport, la taxe et le prix de l’exemplaire édité en France, rendent souvent les ouvrages inaccessibles au public francophone libanais. Pour les écrivains francophones, éditer au Liban coûte certes moins cher, mais la diffusion est alors restreinte. Aussi faut-il noter que les ouvrages édités en France sont directement référencés à la BNF, puis diffusés dans des grands réseaux de distribution. L’ouvrage a alors une reconnaissance officielle. Alors que le livre édité au Liban (parfois sans ISBN) n’est pas reconnu (souvent) par les compétences administratives universitaires.
Cependant, une partie de la presse libanaise, majoritairement francophone, propose, grâce à des abonnements, ses informations et ses commentaires téléchargeables sur Internet. Certains volontaires ont créé, pour les auteurs francophones libanais, des sites accessibles sur le Net avec Google ; mais ce sont des sites incomplets, inexacts et erronés, faute de sources et d’informations.
A ce sujet, on doit saluer le projet de la plateforme web Mubtada Wa Khabar  établi entre la BNF et la Maison du Livre représentée par son directeur Nadim Tarazi: D’accès libre et gratuit, cette plateforme a pour objectif de « participer à la dynamisation de l’industrie du livre arabe». En partenariat avec des acteurs du livre dans le monde entier, elle est publiée en arabe, en français et en anglais. Puisse une plateforme similaire, incontestable et bien ressourcée, donnera au livre francophone libanais sa juste valeur ; à la manière du site de l’AUF bien efficace et sûr.

 

11- La lecture de l’information numérique : une question de région et de génération !
Depuis pas mal d’années, les méthodes d’apprentissage scolaires s’adaptent à la numérisation et ouvrent les esprits à l’usage d’Internet. Pourtant, dans l’univers de l’apprentissage au Liban, le livre de papier semble encore là, bien là ; avec cette question qui s’impose : Les méthodes d’apprentissage doivent-elles s’adapter à la numérisation ?
Certes, on veut numériser. Mais quel support, pour quelle lecture, et au-delà, pour quelle école, privée ou publique ? Et peut-on proposer le livre sous ses deux formes, numérique et matériel ? On remarque qu’avec la technologie moderne et les nouveaux supports de texte et d’information, le désintérêt pour la lecture se révèle de plus en plus menaçant. Internet, ses blogs et les jeux électroniques sont une des raisons de ce recul. L’orthographe n’est plus maîtrisée. Les jeunes ne fréquentent pas les librairies et les bibliothèques à la manière des anciennes générations. Il est donc urgent de leur inventer de nouvelles modes de lecture. Serait-ce le virtuel ? Et les libraires libanais seraient-ils capables d’associer le virtuel au physique et d’articuler leur magasin avec un site Internet comme en France ?
Virgin l’a fait. Mais les autres ? Et puis il y a l’anglais qui envahit certaines librairies en ligne. Le site de la « Librairie du Liban Publischers » est en anglais. Que faire donc pour le livre francophone ?

Il faut dire que les nouveaux supports numériques constituent un vrai progrès. Cliquer pour avoir de l’information c’est quelque chose. Mais beaucoup d’interrogations reviennent : Le livre numérique constituera-t-il une menace pour le livre papier ?
Disons que tout dépend des pays, des régions et des générations. Le lecteur du 21ème siècle est différent de celui du siècle dernier ou l’avant dernier. Et tous les pays n’avancent pas à la même vitesse évolutive. Relativement, le Liban francophone fait des progrès par rapport à son environnement moyen-oriental. Mais serait-ce suffisant en ce moment où le français est constamment confronté à l’anglais ?


12- Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse (Musset)
Mais qu’est-ce que lire ? Est-ce prendre un livre ?
Les nostalgiques auront un argument auquel d’une certaine manière, j’adhère. C’est un vrai plaisir d’ouvrir un livre neuf, ou au contraire de humer et frôler son papier vieilli en en gardant de bons souvenirs! On lirait plus aisément peut-être un livre sur un écran, mais cela ne remplace pas cette souplesse docile ou indocile, cette familiarité, qu’on ressent avec un livre en papier.
Indistinct du sens qu’il porte, le livre papier parle aux sens, à la libido. Pour moi comme pour nombre d’entre vous, la relation charnelle, fusionnelle, entre la page, le lecteur et l’auteur, est le résultat d’une association pavlovienne répétée en tournant des milliers de pages. Fait que ne peut assumer l’écran d’un ordinateur ou d’un livre électronique.
Puis il y a cet acte chargé de connotations : « tourner la page » ou encore « la déchirer » comme dit le proverbe : « Parfois, il ne faut pas tourner la page, il faut la déchirer ».
Avec le livre électronique, c’est une totale modification. Modifier un rituel pour le remplacer, à coup sûr par un autre ! Il s’agit d’accepter un changement de robe, plus froide, moins vivante. Mais il y en a qui aiment porter des minijupes !
Ce sera quand même frustrant et désolant d’exclure les sens de cet espace de sens, si l’on en croit Gide.
« Tout ce que nous ne pouvons pas toucher nous désole » dit l’auteur des Nourritures terrestres. Il y a des personnes qui ne peuvent pas lire même dix pages sur un écran. Alors ils les impriment. Le toucher les rassure,
Mais osons tester un contact nouveau ! Mettons nos doigts sur les écrans ! L’enjeu, c’est notre soif de sens, celui qui vient de l’écriture. Qu’importe le flacon… pourvu qu’on ait l’ivresse !
Un dernier détail :
On a pensé que le livre papier va être dévoré par le e-Book, son concurrent révolutionnaire dominant. Jusqu’à présent, il n’en est rien. Contrairement aux prévisions, le livre papier résiste.
« Ceci tuera cela » d’après Hugo ?
Qui tuera Qui ?
Rien n’est sûr… Mais le livre en papier survivra ! Pourvu qu’on fasse des efforts adaptés aux évolutions en cours.

 

Bibliographie
Thomas Francis CARTER, L’invention de l’imprimerie en Chine, Paris, Payot, 2009.
P. Joseph NASRALLAH, l’imprimerie au Liban, Office des éditions universitaires, Paris, 1948.
Dominique NAUROY : l’Echec du livre électronique de Cytale. Collection « Référence ». Presse de l’Enssib, 2007.
Christine PROUST ; document 2007 ; Equipe REHSEIS.


Notes et sources
1- Avantages de l’offset : ce procédé n’a pas besoin de solution de mouillage, ce qui permet un démarrage plus rapide et donc moins de gâche de papier ; les variations dimensionnelles du papier sont quasi nulles. Il assure aussi deux types d’impression : feuille à feuille pour les livres ; rotative pour les journaux.
Offset permet également une amélioration de l’impression ; un encrage stable durant l’impression, un séchage plus rapide et une trame plus fine.
Mais ses inconvénients sont le coût de l’encre et des plaques ; puis la fragilité de ces plaques sensibles aux rayures, ce qui peut conduire à des défauts d’impression ; il y a aussi la hausse subite de température, etc.
2- Source : Compte rendu de la réunion d’Encadrement du département Littérature et Art du 5 novembre 2009.
3- Source : Service Panorama, Press Index. www.pressindex.com
Source : Camille ABOUSSOUAN, Le livre et le Liban jusqu’en 1900, Exposition UNESCO, Paris, 1982.
Convention du 16-09-09 entre la BNF et la Maison du Livre représentée par Nadim Tarazi, directeur.
Ciculaire du 16 novembre 2009, Paris ; « Harmathèque : la révolution numérique continue… »
4- Selon les statistiques du Campus numérique de l’AUF, le Liban affiche un des taux de pénétration le plus élevé dans la région : un dixième de la population utilise Internet. Sur la Toile, on dénombre environ 5000 sites libanais dont 1500 sont enregistrés en .lb. Un faible pourcentage certes, mais il contient de nombreux sites en français qui témoignent de la vigueur de la langue française sur le sol libanais et désormais confrontée à l’anglais.


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