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Voix de femmes et effets d’écho.
Faites parler le silence.
Meknès, Maroc - mars 2010
Les femmes écrivaines essaient aujourd’hui de se libérer des bâillons qui leur imposaient silence dans le passé. Elles ont (presque) craché le caillou qui entravait chez elles la parole. Leur voix est presque « voisée » pour emprunter un terme à la phonétique. Elle (la voix) recouvre aujourd’hui ses résonances sonores qui la rendent assez retentissante.
Partout ? Ce n’est pas évident.
Dans le pays de Hamid Karzai par exemple, la femme a un long chemin à parcourir.
Dans d’autres pays, elle ose parler ; assez librement ? (Non ; toute relativité gardée bien sûr). Les sbires de la parole et de l’écriture guettent, avec des tentatives d’assourdir cette voix féminine, de la rendre « dévoisée ». Ils essayent de dominer encore, comme avant, cette écriture en regardant avec méfiance ce qui se passe dans leur royaume culturel ! Le Liban n’échappe pas à ce regard.
Malgré tout, une multiplicité de voix féminines s’élève aujourd’hui, pour penser à haute voix et briser le mur du silence qui les isolait durant des décennies ; leur audace est plus démocratisée, leur pensée plus déterminée. Elles « prennent » la parole dans le sens fort du terme ; elle l’ « enlèvent », l’ « arrachent ». Il y a des droits qui ne se prennent que par la force, et cette force-là se trouve dans l’écriture qui permet de laisser la voix courir avec la plume pour dénoncer et protester contre les injustices de toutes sortes.
C’est pourquoi leurs œuvres portent en elles les germes d’une crise et d’une révolte qui fonctionnent non seulement dans une intertextualité décisive mais aussi dans une transtextualité transcendante où la voix passe d’une œuvre à une autre. Et c’est ce qui est important.
Ecrire c’est dire, parler, penser à haute voix.
« Ecrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit », a dit Marguerite Duras.
Si toute fois l’écriture est silencieuse, cette écriture possède dans sa structure même, des voix fortes, et des êtres qui pensent en hurlant. Aussi les congrès et les rencontres seraient-ils une occasion unique, un lieu salutaire pour que la voix, débâillonnée, éclate. Une sorte de réaction contre le despotisme masculin qui dure encore.
Une nouvelle forme de féminisme s’installe donc, libératrice, revendicatrice en vue d’atteindre une véritable évolution de la condition féminine. (Dans les années 60, par exemple, la pilule contraceptive (qui venait de faire son apparition au Liban) était interdite. Pas par les médecins mais par les maris ! Et c’étaient les femmes et leurs voix, qui avaient bravé cette interdiction phallocratique.
Pour analyser une œuvre littéraire, le structuralisme a fait trouver des « voix narratives » qui la structurent et des référents qui l’orientent dans l’espace et le temps. La psychanalyse a découvert des « voix intérieures ».
Mais comme on le sait, et pour parler un peu de structuralisme, la voix narrative n’est pas la voix de l’auteur. Elle est créée par l’auteur en même temps que la diégèse (ou l’univers spatio temporel ou encore intradiégétique).
Elle peut se limiter à l’énonciation des phrases du récit. Elle peut aussi commenter, juger ou déléguer sa fonction à un personnage de la diégèse. Et à chaque fois, on entend une voix. (Cette voix est repérable grâce aux déictiques (expressions qui indiquent, désignent=embrayeurs : « ceci, maintenant », que seul le contexte fait valoir) Ce sont des marques de la subjectivité qui accompagnent la voix.)
(Janvier 2012).
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Les concepts narratologiques de Gérard Genette a fait également exister une multiplicité de voix :
métadiégétique, quand le narrateur donne la parole à quelqu’un d’autre ;
extradiégétique, quand il sort de la diégèse pour faire un commentaire ou donner des jugements ;
homodiégétique ou encore hétérodiégétique lorsque le narrateur occupe la narration.
Dans une œuvre littéraire, il s’agit donc d’une multiplicité de voix qui participent d’un jeu polyphoniques considéré en général non seulement comme « informatif » mais aussi comme transmetteur de toutes sortes de messages.
Sans me perdre dans le flou terminologique du structuralisme, je dirai qu’une œuvre littéraire est constituée de voix, inhérentes à la structure même et à chaque personnage de la diégèse.
Et c’est par là que l’écriture des femmes, les œuvres de femmes, semblent être salutaires. Parce qu’elles possèdent DES voix.
Pour mon exposé, ce sera dans une portée plus pragmatique que structurale ou encore structurelle, que j’aimerais analyser ce jeu polyphonique de voix, dans une œuvre de femme, la mienne, portant sur mon dernier roman, « Mariée à Paris… Répudiée à Beyrouth ».
Dès le titre, vous pouvez imaginer les problèmes abordés ; en premier celui qui réside dans le terme « répudiée » délimitant ainsi sa dimension diégétique : le signifiant féminin renvoie au genre ; son signifié, à l’appartenance religieuse, peut-être aussi géographique ou encore historique. Et c’est ici que se situe le problème.
De toute façon, ce livre, je l’ai voulu comme une démonstration des injustices et des violences, psychologiques et physiques, exercées de nos jours, à l’égard des femmes.
J’ai mis sur la scène diégétique de ce roman un pervers narcissique, portrait stéréotypé de bien de maris d’aujourd’hui. Ce personnage central du roman s’appelle « Ghâby » (qui veut dire en arabe idiot, là aussi c’est voulu ; le nom est révélateur de la personne : ce Ghâby tombe dans le piège d’une « mangeuse d’hommes ». Pour elle, il abandonne sa jeune femme et ses deux enfants. Sa nature de pervers narcissique s’affirme sur le plan structural du roman à travers les différents récits enchâssés et des dialogues, selon une intertextualité qui traverse l’histoire d’un chapitre à un autre.
Dans un souci de variation structurelle, et pour plus d’exactitude, j’ai divisé le livre en deux grandes parties, donc en deux grandes voix narratives.
La première partie est narrée à la troisième personne. L’auteur extradiégétique parle au nom de son narrateur. C’est un « il » qui assume une tâche : celle de dire tout ce qui lui passe par la tête, tout en intervenant de temps à autre dans de petits récits et dialogues, créant ainsi des personnages intermédiaires, qui ont, eux aussi leur propre voix. Devenant ainsi homodiégétique, il laisse à ces personnages intermédiaires de prendre la parole et de leur faire dire tout ce qui lui pèse sur le cœur.
Qu’il s’agisse donc d’une voix extradiégétique ou intradiégétique ou encore homodiégétique, on doit aller au-delà des formes pour atteindre le fond : voilà ce qui rend prometteuse une œuvre de femme.
La deuxième partie de ce roman, dont les événements se déroulent dans un cadre spatio-temporel différent, est narrée à la première personne.
C’est le moment des aveux et des paroles vraisemblablement authentiques. L’héroïne se raconte. L’intérêt d’un tel traitement est de donner l’impression de dire la vérité et rien que la vérité (de toute façon, tout est vrai dans ce roman, à part la fin qui joint aux faits vrais quelques éléments fictifs).
Ce que je veux noter ici, c’est qu’une multiplicité de voix s’exprime à travers la voix de l’auteur. Le roman, genre polyphonique par excellence, peut assurer cette multiplicité et par suite aborder les questions que l’auteur fait dire par les uns et les autres. Donc responsabilité déclinée en quelque sorte.
Des thèmes ordinaires, ceux de tous les jours, y sont repris, dans le cadre des rapports conjugaux, donc la relation homme/femme. La polygamie, la répudiation, les violences conjugales, l’abandon, la perversion, la dépravation, la ménopause et l’andropause, la haine, l’amour, enfin tout ce qui touche à la vie d’un couple, tout ce qui écrase la femme et l’accable ; car même de nos jours, le harcèlement des femmes par leur mâle n’a jamais cessé.
Une œuvre littéraire n’est jamais aphone. Elle a une voix et cette voix produit des échos. Au-delà de sa forme artistique stylisée et structurée, elle participe des grands moments de l’histoire.
Or, parce qu’il est une œuvre de femme, ce roman a soulevé bien d’attitudes polémiques, particulièrement masculines. Ceci part du principe qui dit, que la vérité blesse et que toute vérité n’est toujours pas bonne à dire.
Au cours de deux tables rondes, l’une à Beyrouth au Salon du Livre, l’autre à Tripoli, au Centre culturel français, le livre a suscité bien de grimaces de colère et de mécontentement. Les réactions étaient différentes. Côté homme, c’était une réaction de défense. Côté femmes, une réaction réflexe. La parité homme/femme était en jeu.
J’aimerais relever ici certaines réactions :
La première réaction mâle, violente en fait, provenait d’un collègue (de 60 ans) qui venait de répudier sa femme. Défendant le pervers narcissique du roman, il a reporté (mais avec colère) la faute sur l’épouse (Léa). Selon lui, elle n’a pas su aménager suffisamment son homme, ou elle a dû le négliger, ne pas le comprendre, etc., enfin, comme d’habitude, la faute tombe sur la femme. Mon locuteur justifiait le départ du « papa » avec des arguments enfantins.
Dans le roman, le mari est bien parti en abandonnant ses enfants, de huit et de douze ans, pour troquer son foyer conjugal contre le lit d’une « mangeuse d’hommes », et toute la ville en parlait. Un auditeur a attribué l’attitude de Ghâby à son andropause où l’homme aurait besoin de changer (sa femme ou son travail : c’est prouvé expérimentalement)? Mais mon collègue a complètement réfuté cette idée. (Je ne sais pas pourquoi les hommes nient complètement cette vérité physiologique qui est l’andropause).
Le deuxième intervenant a eu une attitude moins sévère, machiste certainement en intitulant son exposé « l’autre rive ». Il a préféré rester dans son camp et défendre son genre. Une vue moyen orientale, plutôt arabe.
Le troisième intervenant a choisi de rester neutre et sans voix, dans une étude psychanalytique (le Ghâby et le Djendeh) n’optant ni pour l’un ni pour l’autre, évitant d’attaquer pour me faire plaisir.
Les vues des femmes intervenantes étaient certes du bord opposé.
Je voudrais en citer deux :
Laura Sfeir, présidente de l’association de la lutte contre les violences faites aux femmes, a expliqué objectivement le problème. Ayant pris l’habitude de regarder de tout près les bleus des femmes et les violences qui continuent à s’exercer sur celles-ci, ses commentaires partaient de son expérience : elle côtoyait des femmes battues et violentées. Celles-ci venaient chez elle pour se cacher. Sa voix était donc authentique partant d’une expérience professionnelle vécue.
Le roman fut aussi analysé à partir de certaines données psychologiques, par la psychologue Joëlle Haroun, qui elle aussi, recevait chez elle, des femmes qui souffraient du comportement de leurs maris pervers narcissique; et elles étaient nombreuses ces femmes, affirmait-elle. « Impressionnée … non par la découverte du drame de Léa, mais par la véracité, la précision et la justesse de ce roman, en accord total avec les récits de vie identiques, entendus au cours de confidences faites par des dizaines et des dizaines de femmes, libanaises et étrangères, piégées dans une histoire similaire, presque stéréotypée » explique Haroun.
Je laisse la psychologue décrire cette « descente aux enfers » de Léa « qui est bien, affirme-elle, un modèle type de la vie conjugale désastreuse, de milliers de femmes ».
« Le mari de Léa, et c’est la psychologue qui parle, présente un profil psychologique bien particulier aux pervers narcissiques ; ses comportements, bien codifiés, permettent de le décrypter : mépris, dévalorisation systématique, intimidation, tentative d’isolement professionnel, donc social, menaces de psychiatrisation notamment (un grand classique!) ; violences verbales et physiques, mensonge, mauvaise foi et contre vérités… »
Selon Haroun, il s’agit pour le mari de « réaliser son projet d’effacement, d’élimination et de destruction ».
Combien d’époux exercent-ils sur leurs femmes leurs complexes intériorisés ?
Beaucoup ! et non seulement dans les classes défavorisées, moyennes ou pauvres. Le personnage du roman est médecin !
« Cette relation de couple est malheureusement, dit encore la psychologue, très répandue. Des femmes vivent toutes ces agressions, généralement sans secours ni soutien ».
Et j’aimerais relever ici une autre attitude, également « très répandue » surtout par rapport aux binationaux, que le roman raconte :
Léa a eu la chance matérielle de prendre la fuite en France. (Pendant la guerre de juillet 2006 entre Israël et Hezbollah, la France affrétait des bateaux pour rapatrier ses ressortissants). Mais même à distance, le harcèlement n’a pas cessé, et jusqu’à ce jour, la volonté de destruction continue… « sauf s’il trouve une autre cible » selon la psychologue.
Ayant la double nationalité, libanaise et française, Ghâby exploite à merveille cette double identité et son statut de musulman français. Il triomphe même de la justice française qui multiplie en vain, les jugements et les sanctions. Emmuré dans son pays d’origine, il reste inatteignable par la justice française ; entre les deux pays, il n’y a malheureusement aucun protocole d’accord dans ce sens.
Faire entendre les souffrances, les combats et les douleurs des femmes d’aujourd’hui ; oser braver les interdits sociaux et politiques ; bousculer l’ordre symbolique qui place la femme du côté du silence et de la soumission, voilà bien des tâches et des rôles à assumer. Il incombe donc à la femme écrivaine de soulever de tels problèmes, de lever les tabous familiaux et sociaux…
Ce ne sont pas les hommes qui le feront. Et ce n’est pas demain que ça changera. C’est la femme qui doit prendre en main sa destinée.
Et c’est là que réside l’importance de l’écriture féminine qui doit se donner pour mission la transmission d’une réalité cachée, une réalité taboue longtemps occultée.
Voilà un premier effet de l’écriture féminine : la voix qui, comme la lumière, se propage.
Le deuxième effet c’est « l’écho ».
Une voix dans tous les sens du terme, n’est jamais perdue. Il en reste certes, l’écho. L’impact en est fort révélateur.
Et ici j’aimerais le démontrer concrètement.
Dernièrement, j’ai trouvé mon nom et mon livre « Mariée à Paris » dans un blog féminin appelé : « Center Blog : entraide pour protéger les femmes ». Et plus loin : « CenterBlog : entraide pour se protéger des pervers narcissiques ».
Sur ce blog, deux cents messages environ sont échangés entre des femmes dont le mari est P.N.
A ma grande surprise, les messages ont mon livre comme référence. Un petit commentaire, la couverture du livre et mon site personnel figurent au milieu de ces messages dont la plupart sont restés dans l’anonymat. Parfois il y a le nom de la ville et la date.
Dans certains, les fautes d’orthographe sont multiples, dans d’autres, une belle écriture littéraire. Le niveau intellectuel de ces femmes est donc variable.
Que des femmes, qui témoignent et décrivent leur situation alarmante : elles vivent avec un P.N. et ont des enfants qui souffrent avec elles. Deux hommes seulement faisaient partie de la longue liste de messages en témoignant qu’ils vivent avec une « compagne » P.N.
Je ne savais pas que le pervers narcissique a aujourd’hui une étiquette, un sigle : P.N. Je ne savais pas non plus que nos sociétés en foisonnent. Je croyais que cela se limitait à ce Ghâby que je connais parfaitement, et à quelques autres comme lui.
Les témoignages émouvants de ces femmes sont tous identiques : des plaintes et des récriminations envers leur homme P.N. Toutes sans exception. Le même cri, la même voix. Quelques-unes conseillent mon livre à d’autres : « je vous propose ce livre qui parle de ces pervers narcissiques qui se servent de leurs enfants comme hameçon pour détruire leur femme et assumer leur perversion ».
A droite de la page, quelques publicités : des publicitaires ont sauté sur l’occasion. Avec trois propositions sont en ligne :
Comment « clouer le bec » aux gens agressifs.
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Et ces publicitaires proposent leurs services (payant bien sûr !)
Je dois dire que non seulement les analyses de la psychologue Joëlle Haroun m’ont fait changer de croyances, (Des Ghâby, il n’y a pas qu’un seul) mais aussi les témoignages émouvants de ces blogueuses qui expriment sur Internet leur souffrance tout en se référant à mon livre. C’est cela en littérature : l’écriture devient lecture, et la lecture, révélation mais aussi réaction.
Lire une œuvre c’est donc la vivre et en parler ; entendre ses voix et leurs échos ; réagir ; c’est aussi découvrir une partie de soi entre les lignes.
Il y a des paroles qui secouent parce qu’elles s’apparentent à nos problèmes, à nos situations et à nos rêves ou déboires.
En tout cas, le fait de me retrouver au milieu de ces « blogueuses »( ) m’a fait comprendre que l’écriture n’est jamais vaine. C’est une voix polyphonique qui vient de partout, de l’extérieur comme de l’intérieur et qui ressemble à de l’engagement. A l’émergence dans le roman des voix des personnages, correspondent les voix des lecteurs, extérieures au texte et à la structure mais pourtant, en dépendent. Un stimulus, une voix venue d’ailleurs, les réveillent et les aiguillonnent. Ce sera bientôt leur voix de lectrices qui éclatera.
Ce qui est bien dans un blog, c’est le fait qu’il constitue un texte ouvert, qui s’enrichit au fur et à mesure de voix neuves et des apports de chacun. Il est aussi efficace (et dangereux) dirai-je, qu’un livre, qui est un texte fermé. Un blog peut donner lieu au rassemblement et à l’échange, (comme ce Centreblog féminin ; et pourquoi pas à une instigation ou à une insurrection ?
Les deux cents messages que j’ai lus dans ce blog féminin, m’ont fait penser à tout cela.
De toute façon, j’étais contente que ma voix ait incité des sans voix, inconnues, à s’exprimer, même en restant dans l’anonymat. Mon écriture n’était donc pas un simple exercice stylistique.
Quand on appartient à une espèce qui a les mêmes aspirations, les mêmes douleurs, les mêmes codes culturels et sociaux, le même discours, la polyphonie devient plus forte, et l’échange plus résonnant. C’est là que réside l’importance des blogs. Ils deviennent un endroit de confiance et d’intimité par ce qu’il y a l’aveu.
Il y a cette écriture à la première personne qui appelle l’autre « mon semblable, mon frère » comme l’a bien dit Baudelaire, qui l’invite à l’échange et au dialogue.
Ainsi personnalisée, l’écriture devient plus efficace, plus persuasive ; et par là même, elle invite l’autre, ce lecteur invisible à vivre la même situation ; elle l’amène à adhérer aux paroles et à établir une complicité.
Mais méfions-nous : la voix n’est toujours pas éclatante et intelligible dans l’écriture des faits. Notamment dans celle des tabous et de la phallocratie (politique, religieux, sexuel, etc.) réfutée le plus souvent par les hommes ; celle des réalités refoulées et qui peuvent devenir un sujet de censure ou de sanction dans la littérature féminine.
Pour ce, il y a des moments où l’écrivaine devrait déguiser sa voix. Pour se protéger.
Mais là c’est un autre sujet qui exige de longs commentaires.
Disons seulement que trois questions urgentes sont à poser afin de faire une mise au point d’une œuvre littéraire et découvrir l’état des voix dans cette œuvre : qui ? De quoi ? Où ?
Cette dernière interrogation Où est la plus importante: une femme ne peut pas écrire en Syrie comme au Liban, en Arabie Séoudite comme en France, en Afghanistan ou en Iran comme en Europe.
Les voix ne seront pas les mêmes.
Pour finir j’aimerais formuler un souhait :
L’année 2010 est l’année de la femme. Que cet anniversaire soit alors un moment fort pour poursuivre le combat, faire évoluer les mentalités et parler haut, sans avoir à déguiser la voix. Dans les autres coins de la planète, il y a des femmes qui souffrent, durement et en silence.
